La renaissance de la Gare Lisch, de l'Exposition universelle au Grand Paris
Gare Lisch
Ville d’Asnières-sur-Seine
Restauration du clos et couvert (mise hors d’eau, hors d’air) – futur accueil d’activités hybrides (culture, petite restauration)
Gare Lisch, Impasse des Carbonnets, Asnières-sur-Seine (92)
En cours
1 500 m²
Bechu & Associés
Dépollution, vitrages performants, matériaux biosourcés, géosourcés et issus du réemploi, végétalisation de la parcelle
Sauver, restaurer, réinventer
Implantée à Asnières-sur-Seine, la gare Lisch est un édifice singulier, témoin remarquable de l’architecture ferroviaire métallique du XIXᵉ siècle.
Conçue par l’architecte Juste Lisch, également actif au sein du service des Monuments historiques, elle voit le jour à Paris comme embarcadère du Champ-de-Mars, destiné à desservir l’Exposition universelle de 1878 sur la ligne concédée à la Compagnie des chemins de fer de l’Ouest. Sa structure mêlant fer puddlé, briques et larges verrières illustre avec éclat l’esprit de modernité et d’innovation qui caractérise l’époque industrielle. À la veille de l’Exposition universelle de 1900, la Compagnie de l’Ouest obtient le prolongement de la ligne jusqu’à l’esplanade des Invalides, où doit s’élever une nouvelle gare. Dès 1894, les trains cessent donc de desservir la gare du Champ-de-Mars. Mais en juin 1897, un cyclone d’une rare violence traverse Asnières et détruit les ateliers de la Compagnie de l’Ouest. L’idée de réemployer l’ancienne gare du Champ-de-Mars s’impose alors. L’édifice parisien est démonté pièce par pièce, transporté à Asnières et remonté sur son site actuel — une prouesse technique avant l’heure. La gare Lisch accueille ensuite des ateliers et entrepôts, puis, un temps, des voyageurs, avant d’être reconvertie en dépôt et finalement laissée à l’abandon. Aujourd’hui encore, elle se dresse, isolée au cœur d’un tissu ferroviaire et urbain dense. Rare survivance des architectures d’exposition réemployées, la gare Lisch demeure marquée par l’épisode singulier du cyclone qui permit, paradoxalement, sa sauvegarde et son déplacement. C’est grâce à son inscription aux Monuments Historiques, en 1985, que la gare est définitivement sauvée de la démolition. Cette reconnaissance protège son architecture singulière, caractéristique des gares de la fin du XIXᵉ siècle : une structure métallique en fer puddlé, typique de l’époque, associée à des maçonneries de briques colorées, dont le contraste et le rythme donnaient à l’édifice une élégance industrielle. La verrière zénithale, les façades vitrées et les volumes généreux inscrivaient la gare dans la grande tradition des halls ferroviaires, conçus à la fois comme prouesses techniques et comme symboles de modernité.
La restauration architecturale et patrimoniale
Le projet de restauration de la gare Lisch s’inscrit dans une démarche de rigueur patrimoniale, fondée sur une analyse approfondie des sources iconographiques, des vestiges existants et de leur état sanitaire.
L’idée initiale d’une restitution à l’état d’origine de 1878 a été écartée au profit d’une approche plus fidèle à l’histoire réelle du bâtiment, prenant en compte les strates successives de son évolution jusqu’à la « gare électrique » de 1924. Cette orientation sera soumise à la validation de la DRAC et vise à restituer la lecture architecturale d’un édifice vivant, marqué par ses réemplois et ses adaptations, tout en préservant ses éléments porteurs de valeur historique. La restauration prévoit ainsi la conservation et la réhabilitation des trois nefs d’origine, de l’abri ajouté à Asnières, et la restitution du campanile disparu, symbole fort de la composition initiale. Les matériaux emblématiques – fer puddlé, briques, verrières et terres cuites vernissées – feront l’objet d’un traitement attentif, combinant restauration, remplacement raisonné et mise à niveau technique selon leur état sanitaire. Les interventions postérieures à 1935, sans valeur patrimoniale, seront curées pour retrouver la cohérence structurelle et stylistique de l’ensemble. Cette démarche, respectueuse des traces du temps, conjugue restauration, transmission et innovation technique. Elle réaffirme la vocation patrimoniale du lieu, non pas comme un décor figé, mais comme un témoin vivant de l’ingéniosité architecturale du XIXᵉ siècle et de son ancrage dans l’histoire ferroviaire d’Asnières et du Grand Paris.
Une réhabilitation tournée vers la durabilité
La réhabilitation de la Gare Lisch s’inscrit également dans une démarche de développement durable, attentive autant à l’intégrité patrimoniale qu’aux enjeux contemporains.
Les interventions prévues privilégient la réduction des déperditions énergétiques grâce à la restauration des verrières et des menuiseries avec des vitrages performants, tout en respectant la finesse des structures d’origine. Les matériaux biosourcés, géosourcés et issus du réemploi seront privilégiés, notamment pour les sols et aménagements extérieurs. Le projet prévoit aussi une large végétalisation de la parcelle – arbres feuillus, plantes locales, miroir d’eau – afin de lutter contre l’îlot de chaleur urbain et d’offrir un véritable îlot de fraîcheur au cœur d’Asnières. Enfin, un travail spécifique est engagé sur la dépollution et la santé du bâtiment : retrait de l’amiante et du plomb, traitement de la mérule, dépollution des terres. Autant de mesures qui témoignent d’une volonté de conjuguer restauration patrimoniale et transition écologique.
Entre patrimoine et innovation
La Ville d’Asnières, très attachée à son patrimoine, a racheté la Gare Lisch pour lui offrir cette nouvelle vie. Un concours d’architecture a été lancé en 2024 pour assurer la restauration du clos et couvert, c’est-à-dire de l’enveloppe et de la structure, afin de mettre le monument hors d’eau, hors d’air et en sécurité.
Au-delà de la préservation, l’ambition est bien de préparer l’avenir. Si le programme n’est pas encore définitivement arrêté, la gare est appelée à accueillir des activités hybrides mêlant culture et petite restauration, ouvertes aux habitants comme aux visiteurs. Le lieu, autrefois symbole de modernité industrielle, s’apprête ainsi à redevenir un espace de vie et de rencontre.
Un futur point d’intérêt métropolitain
La renaissance de la Gare Lisch ne se comprend pas seulement à l’échelle d’Asnières.
Elle s’inscrit dans une dynamique métropolitaine, alors que la future ligne 15 du Grand Paris Express desservira la gare de Bois-Colombes, toute proche, à l’horizon 2029. Ce nouvel atout de mobilité renforcera l’accessibilité du site et en fera l’un des points d’intérêt majeurs du Grand Paris, à la croisée du patrimoine et de l’innovation urbaine. En restaurant la Gare Lisch, la Ville ne se contente pas de sauver un témoin du XIXᵉ siècle : elle écrit une nouvelle page de son histoire, où mémoire et modernité s’allient pour inventer un lieu unique, capable de relier passé, présent et futur.
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